06.02.2009

"Internationaliser le processus de paix"

D'après vous et aux vues des dernières évolutions de la situation, quelles pourraient être les conditions du redémarrage, à plus ou moins long terme, d'un processus de paix au Proche-Orient ?

kader_zoom.jpgKader Arif, député européen: Dans un premier temps, le cessez-le-feu intervenu, même s'il a été annoncé séparément par Israël et le Hamas, doit absolument être consolidé. Parce que la situation reste critique et instable, obtenir un cessez-le-feu durable est la première des priorités. Pour protéger la population palestinienne et assurer que les tirs de roquettes cessent sur Israël, une force internationale doit être rapidement déployée.

Ensuite seulement, une fois la désescalade assurée, l'on pourra espérer relancer le processus de paix entre les Israéliens et les Palestiniens pour trouver enfin une solution pour un conflit qui n'a duré que trop longtemps. Rappelons ici deux réalités fondamentales :
- Il n’y a pas de solution militaire, seule la solution politique peut permettre de réaliser cet objectif.
- Il n’y a pas d’autre solution au Proche-Orient qu’une paix juste et durable sur la base d’une double exigence, le droit de l’Etat d’Israël à l’existence et à la sécurité et le droit des Palestiniens à un véritable Etat viable dans lequel ils pourront mener une vie digne, et garantir pour Israël comme pour la Palestine l’assurance de vivre en sécurité à l’intérieur de frontières reconnues internationalement.


Cette vision de la paix a pour fondements la légalité internationale construite par l’ensemble des résolutions des Nations-Unies, notamment la résolution 1397 qui reconnaît clairement l’existence d’un Etat palestinien à côté de l’Etat israélien et la résolution 1402 qui exige le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés. Cet objectif ne peut être atteint que par des négociations de paix entre les deux parties. C’est pourquoi, j'ai en son temps soutenu fermement les accords d’Oslo et les termes de référence acceptés lors de la Conférence de Madrid, qui avait permis en 1992 de lancer un premier processus de paix et bien sûr les engagements déjà souscrits par les parties.
Lors de la rencontre de Taba, en janvier 2001, en présence de l’Union Européenne, les deux parties ont très précisément esquissé les termes de la résolution des questions aussi difficiles que le retour des réfugiés palestiniens, la délimitation des frontières, la question des colonies, le statut de Jérusalem, future capitale des deux Etats et la question des réfugiés. Par la suite, des personnalités israéliennes et palestiniennes de bonne volonté ont élaboré à Genève une proposition de plan. N’oublions pas non plus que les pays arabes ont eux aussi proposé, en 2002, réaffirmé en 2008, un plan de paix globale, connu sous le nom de Plan Abdallah, dont l’esprit va dans le même sens, et qui assurerait à l’Etat israélien la reconnaissance formelle de l’ensemble des pays arabes en cas d’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières de la «ligne verte» de 1967.

Nous connaissons donc tous les contours d’une véritable paix non seulement entre Israël et la Palestine mais aussi entre Israël et ses voisins.

Mais, on ne peut chercher à conclure la paix et rejeter à chaque fois qu’un interlocuteur se présente. Tel a été le cas de Yasser Arafat rejeté comme interlocuteur par Ariel Sharon. C’est aussi le cas de Mahmoud Abbas. Israël a tout fait pour l’affaiblir lorsqu’il a été élu président de l’Autorité palestinienne en 2005. Son affaiblissement est à l’origine de la victoire du Hamas aux élections législatives en janvier 2006. Voilà pourquoi il n’y aura pas de plan de paix valable et durable sans le dialogue avec tous les acteurs de la région. Encore faut-il que chacun le souhaite et ne fixe pas en préliminaire la destruction de l’autre comme préalable à la paix.

En même temps, force est de constater que les points d’appui pour la paix sont dégradés depuis une décennie. C’est pour cela qu’il est nécessaire d’internationaliser le processus de paix. Voilà pourquoi la clé ne se situe pas seulement dans les capitales Arabes, à Tel Aviv ou à Gaza mais aussi à Washington, Bruxelles et aux Nations Unies.

C'est aussi pourquoi il est si important pour l’avenir du Proche-Orient que les Palestiniens retrouvent leur unité par la restauration du dialogue interpalestinien et les Israéliens la volonté de paix qui était celle d’Itzhak Rabin.

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